Auteur et Portraitiste*
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Remarquable #15 Valentine Benoist 1/2

Valentine Benoist

Crédit photo : Pierre Lucet-Penato

Crédit photo : Pierre Lucet-Penato

 

Portrait /

Filer une métaphore culinaire pour décrire Valentine Benoist je me l’interdis depuis l’instant où nous nous sommes séparées sur le seuil de ce bistrot parisien. J’étais alors électrisée, non pas tant par l’allongé que j’avais lapé mais par Valentine et ses projets à tiroirs qu’elle m’avait contée avec l’ardeur et la fraicheur d’un torrent de montagne au printemps creusant son sillage dans la roche pour poursuivre son dessein. Volontaire et pressée. Je ne pus empêcher les allégories gustatives - plus ou moins brillantes - d’affluer lorsque je repensais à notre entretien. Pourtant la cantonner, à son domaine d’expertise - la critique culinaire - donnerait du grain à moudre à ceux qui rechignent à voir en elle une entrepreneure. Car telle fut l’une de ses premières confidences : rares sont ceux qui la considèrent comme une femme d’entreprise, la plupart se figurant une pigiste ès bonnes adresses de restaurants répertoriées sur son site My Hungry Valentine. Certes il faudrait plusieurs lignes sur une carte de visite pour décrire ses activités, puisqu’elle ne s’interdit rien et continue de forger son métier au fil de l’eau. Lorsque nous nous rencontrons, elle est à la veille de dévoiler son guide bilingue A tables London, disponible en précommande sur le site de financement participatif Kiss Kiss Bank Bank.

Double culture

Valentine n’a pas encore dix ans lorsqu’elle fend la Manche, après les vacances de Pâques pour achever l’année scolaire dans une école anglaise. Passées les premières heures d’errance, elle se fond parmi les élèves et me confie avoir adoré sortir du cadre classique pour être propulsée dans le quotidien de ses camarades britanniques. Elle quittera ainsi, trois années de suite, les marronniers nus de sa cour de récréation de Neuilly, pour voir fleurir les bourgeons Outre-Manche. Et son anglais aussi. Alors quand, en Terminale ES, on la pousse à s’inscrire en classe prépa, Valentine se soustraie à ces recommandations auxquelles elle préfère la bi-licence droit français – droit anglais à Nanterre. Pour les deux langues, bien sûr et pour les horizons que cela lui offre : la rigueur de l’anglais et l’assurance d’être brassée avec beaucoup plus d’élèves que dans une prépa. Trois années de licence ne suffisent pas à la convaincre d’embrasser une carrière juridique, alors Valentine entre à l’EM Lyon en présentant – déjà – lors l’entretien, un projet d’édition. En quête perpétuelle d’un ailleurs plus enrichissant, Valentine se débrouille pour partir en échange à Shanghai puis en stage à New-York. Elle fait alors de la communication mais ne renie pas ses amours premières au point qu’elle pense présenter le CAP de cuisine, qu’elle ne peut finalement intégrer. Si elle ne peut s’immiscer dans l’univers de la cuisine via la technique, elle postule dans une agence pour s’occuper de la communication de plusieurs vignobles. Elle vit une année au rythme des vignes mais s’englue dans un métier qu’elle trouve trop classique. Une occasion se présente à Londres, elle s’y rue et infiltre la Sopexaagence de communication spécialisée dans l’agroalimentaire, le vin et l’art de vivre à la française – pour qui elle fait la promotion d’interprofessionnels – Les Vins français par exemple – en Angleterre. Très vite limitée par les contraintes liées à la nature publique des projets, Valentine sait que son avenir n’est pas là. C’est le mail d’une de ses amies qui lui fera traverser de nouveau la Manche.

Contre-culture culinaire

A cet instant de notre rencontre, je prends la mesure de la détermination de Valentine qui se refuse d’être rationnelle dans ses choix professionnels. Pas question de s’endormir dans un poste qui ne la comblerait pas pour des raisons, que l’on peut d’ailleurs juger louables, de stabilité personnelle et financière. Alors quand elle découvre que le Fooding - guide de référence des bonnes tables partout en France recherche une responsable de la communication à Paris, elle saute dans un Eurostar et rencontre le fondateur. Deux électrons libres et passionnés qui s’entendent aussitôt. Si bien d’ailleurs que l’on propose à Valentine Paris ou Los Angeles. Sans surprise elle part à Los Angeles pour gérer la communication d’un événement culinaire qui doit avoir lieu 4 mois plus tard. Loin du bureau parisien, il ne faut pourtant pas deux mois à Valentine pour convaincre le Fooding de l’embaucher après sa mission américaine. A Los Angeles, Valentine est propulsée dans le milieu de l’art contemporain car l’événement réunira les 15 chefs du moment mais aussi les Dj’s et les artistes en vogue. « Je découvre alors toute une culture qui n’était pas la mienne et c’est ça qui me plait aussitôt ». De retour à Paris, Valentine s’occupe de la communication : « dans une année de vie du Fooding il y a des événements, des projets en marque blanche, la sortie du guide, l’application, c’est ultra varié. J’écris aussi du contenu pour le guide. Qui fait quoi à Paris, qu’est-ce qu’on y mange, quelles sont les tendances culinaires, je connais toute l’actu food du moment » Après un an, Valentine cède sa place à la communication et rejoint l’équipe conseil. La contre-culture culinaire que revendique le Fooding la nourrit pendant 4 ans, en plus des chefs, Valentine rencontre des illustrateurs, des musiciens, des artistes de tous les domaines sollicités par le guide pour créer des synergies. Cette fois-ci ce n’est pas le métier mais ses allers-retours en Eurostar pour rejoindre son amoureux à Londres qui lui feront quitter son poste. Et Paris. Car Valentine s’installe à Londres et cherche du travail. Puis non, elle le sait maintenant, elle veut développer ses propres projets, et elle est alors loin de se douter des contours qu’ils prendront. Un peu par hasard et pour répondre aux nombreux textos de ses amis français à Londres qui lui demandent des recommandations de bonnes tables, Valentine décide de créer son propre répertoire virtuel et ouvre ainsi My Hungry Valentine.

Recommander les tables londoniennes, Valentine saura-t-elle s’en repaître ?  La suite de l’histoire de My Hungry Valentine est à lire ici …