Auteur et Portraitiste*
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Remarquable #13 Charlotte Husson

Charlotte Husson

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Portrait /

Ardente. Quand le papier s’embrase en un instant, léchant de ses longues et fugaces flammes les bûches, plus patientes à se consumer. Et qu’après quelques heures le brasier s’essouffle, il ne reste dans le foyer que les braises. Brunes, incandescentes, elles font rougir l’obscurité. Charlotte Husson m’a fait l’effet de ces tisons brûlants. Un caractère hautement inflammable qui lui vaut de se battre contre son cancer des ovaires avec la furieuse volonté de garder sa dignité « dans un contexte où il n’y en n’a plus beaucoup ». Cette joute périlleuse, Charlotte a décidé que ce serait sa force et qu’elle pouvait la transformer en quelque chose de positif pour les autres, malades ou non. Si bien qu’en trois ans, elle a enflammé internet avec ses billets pratiques -et terriblement féminins- pour affronter les traitements, fédérant une communauté désireuse d’entendre parler du cancer autrement.
Une alliance virtuelle qui la pousse à créer Mister K Fighting Kit en 2015. Des écrins de beauté et de dignité renfermant des produits choisis avec soin pour pallier les effets secondaires des traitements et depuis un an, une ligne de sweats et tee-shirts emblématiques, qui la font renouer avec son métier « d’avant » : le stylisme.

Oser choisir sa propre voie

L’effort n’est pas aisé, je le vois. Charlotte peine à rembobiner la cassette et me le fait remarquer :

« Je ne suis pas quelqu’un qui vit dans le passé, je ne me retourne même jamais en arrière ».

Et pourtant je veux savoir quelle est son ambition lorsqu’elle passe son bac. Dans un éclat de rire elle renverse sa tête en arrière puis revient, droite, grave : « J’étais larguée total ! Je détestais le lycée, j’adorais sortir et à ce moment-là pas d’ambition particulière ». Son père est avocat alors elle s’inscrit à Assas en licence de droit, mais deux mois lui suffisent pour déserter l’amphithéâtre de la rue de Vaugirard. Se remémorant les dessins qu’elle a toujours griffonnés partout et ses excellentes notes en arts plastiques, Charlotte renonce à Assas et suit à Penninghen – école d’arts graphiques – un cours hebdomadaire de dessins. Et quand elle ne manie pas ses crayons, elle vend chez Zadig & Voltaire et écume les salons en tant qu’hôtesse d’accueil.

Charlotte se fait confiance, poursuit son intuition et entre à l’Atelier de Sèvres, une classe préparatoire aux grandes écoles d’arts. « Je me rends compte que j’ai un trait de crayon enfantin et très girly, assez éloigné du style de mes camarades. ». Sa réflexion s’affine et des illustrations de livres elle glissera vers le stylisme pour enfants et commence sa formation au Studio Berçot.

« En arrivant je ne savais pas dessiner un patron, monter une toile ni même coudre ! La première année on a bossé comme des dingues et c’est là que j’ai appris mon métier de styliste. »

Les souvenirs de sa deuxième année sont plus pondérés mais Charlotte trompe sa lassitude et elle qui veut déjà travailler alterne entre les cours et un stage chez Heimstone. Diplômée, il lui faut encore s’illustrer pendant un an en tant que styliste stagiaire. Naturellement Charlotte intègre l’équipe Bonpoint - le Grâal lorsque l’on veut être styliste pour enfants – « six mois exceptionnels », qui seront vite balayés par un mois épouvantable en tant qu’assistante styliste dans un studio photo ! Charlotte renonce - à quoi bon perdre son temps ? - et retourne chez Heimstone où elle sera embauchée en tant qu’assistante styliste à la fin de son stage.

Oser prendre son envol

Pendant plus de 4 ans, Charlotte exerce aux côtés de la créatrice d’Heimstone, qui est alors en pleine ascension « Je touchais à tout, je n’étais pas cantonnée à mon poste d’assistante styliste, ce qui est une super expérience pour comprendre tout le fonctionnement d’une boîte. » Charlotte évolue et prend la direction de la production et des collections « Je lançais les collections et les productions, j’allais dans les usines, je négociais les tissus, faisais le suivi de production, sillonnais les salons pour pré sélectionner les pièces. » Et lorsqu’il faut organiser un événement c’est aussi Charlotte qui file à Rungis pour s’occuper de la décoration.

Son poste elle le maitrise et ressent des envies d’ailleurs et surtout de reprendre ses crayons pour dessiner ses propres collections. Cet automne-là Corentin Petit s’associe avec Morgane Sézalory, tous deux souhaitant structurer Les Composantes. Le murmure que le duo cherche une styliste arrive aux oreilles de Charlotte qui rencontre Corentin puis Morgane.

« J’ai adoré cette fille !!! J’ai été totalement électrisée par elle, par la vision qu’elle avait des Composantes qu’elle voulait transformer en Sézane. Le défi c’était de concurrencer ce qui existait déjà avec une marque beaucoup plus incarnée, un service après-vente de compèt’, et une communication qui ne s’était faite que sur internet, via les réseaux sociaux. Elle était visionnaire !! »

Des premiers rendez-vous nait une collaboration balbutiante, nous sommes en décembre 2012 Morgane commande à Charlotte la toute première collection de Sézane. « Je me souviens du stress pour ce lancement et finalement le succès fut énorme ! La résonnance instantanée. Dans la foulée, Morgane me propose de rejoindre l’équipe, je devais donc être la première salariée de Sézane ! » L’année 2013 s’esquisse sous des perspectives prometteuses, malgré des douleurs au ventre effrayantes qu’aucun médecin ne s’accorde à diagnostiquer. En mars, Charlotte trouve enfin les mots pour annoncer à la créatrice d’Heimstone – avec qui elle est très liée- son départ : 

« Je me souviens que ce jour-là en particulier, je souffrais le martyr, j’avais même du mal à tenir debout. C’était les prémisses du bordel qui s’annonçait… »

Oser choisir une autre voie

Le 1er avril 2013, Charlotte fait son entrée aux Urgences pour une occlusion intestinale « miraculeuse » puisqu’elle permet la découverte de son cancer des ovaires stade 3C veille de 4.

« Là tes plans changent radicalement, il n’est plus tellement question de boulot ni de projets, tu deales avec le cancer […] malgré tout j’avais un projet en tête, celui de rejoindre l’équipe Sézane. Ce projet de vie c’était hyper important, ça m’a aidé à  me booster ».

Les traitements de chimiothérapies se talonnent mais Charlotte n’a pas tempérament à se laisser terrasser par les effets secondaires : « La « chance » que j’avais c’est que ma mère avait eu un cancer quelques mois plus tôt et j’avais donc fait le tour de tout ce qui existait pour contrer les effets des chimios, je connaissais des astuces, j’ai testé toutes les médecines parallèles et je sais que ça m’a énormément aidée. » Et celle qui ne passait alors que quelques minutes chaque matin dans sa salle de bain – s’échine à rester coquette malgré une maladie qui tente de grignoter sa féminité. Prendre du temps pour elle, ne pas perdre ses cheveux, protéger ses ongles. Charlotte se dorlote jusqu’à la fin de son traitement au printemps suivant. Une année orageuse s’éteint enfin, et Charlotte prévoit de faire sa rentrée chez Sézane en septembre 2014. Etreinte par la culpabilité qu’ils l’aient attendu si longtemps, elle ne s’offre pas le temps de reprendre son souffle avant de revenir dans « le monde de ceux qui vont bien […] Quand j’arrive ils sont 15 dans l’équipe, ça me renvoie à cette parenthèse terrible, je ne sais plus m’organiser, je n’ai plus envie de ça. »

Très attentifs, Corentin et Morgane lui aménagent un emploi du temps sur mesure mais malgré toute leur bienveillance, Charlotte décide de passer free-lance et de créer un blog pour raconter son histoire, certes, mais surtout partager tous les conseils qui l’avaient aidé pendant son combat. Le retentissement est immédiat …

Comment d’un blog de bons plans, Charlotte a créé une startup solidaire comptant parmi les initiatives les plus innovantes du moment ? L’histoire de Mister K sera à lire ici dans quelques jours…